Essai Audi RS6 Avant Performance : la surpuissance inutile ?

Au-dessus du label RS, Audi propose depuis quelques mois les RS Performance. Le fleuron de la gamme, la « 6 », grimpe ainsi à 605 ch et peut dépasser les 300 km/h. Mais… pourquoi ?

Ils ont beau avoir découvert le downsizing, les constructeurs n’ont aucune envie de stopper la course à la puissance. A chaque nouvelle génération, les sportives gagnent une poignée de chevaux. Un mot d’ordre : toujours plus. Certaines retournent même à la salle de muscu avant de partir à la retraite, histoire de quitter la scène la tête haute. La RS6 Avant est de celles-là. Je ne vous apprends rien en indiquant qu’elle est le porte-drapeau de la gamme RS, digne héritière d’une tradition typiquement Audi, celle des breaks familiaux hyper-musclés, lancée avec la RS 2. Né en 1994, ce modèle était doté d’un 5 cylindres Porsche de 315 ch.

Audi RS6 Performance
Audi RS6 Performance

Aujourd’hui, à force de vouloir en permanence faire mieux que ses rivales, la RS6 franchit une nouvelle barre symbolique, celle des 600 ch. En version Performance, son V8 4.0 biturbo développe précisément 605 ch et un couple maxi de 750 Nm grâce à une fonction overboost. Par rapport à une RS6 Avant « classique », de 560 ch, la vitesse maxi est relevée de 250 à 280 km/h, et la barre des 100 km/h est franchie en 3,7 secondes au lieu de 3,9 secondes. Mais cela ne s’arrête pas là. Avec un pack optionnel (facturé plus de 10.000 €), qui comprend des éléments esthétiques et techniques comme un différentiel, la vitesse maxi grimpe à 305 km/h. Vient alors la question qui tue : à quoi cela sert-il ?

Pour prouver que l’auto atteint cette vitesse hallucinante, Audi m’avait convié sur une base aérienne, celle de Mont de Marsan dans les Landes, avec la possibilité de rouler exceptionnellement sur la piste d’ordinaire réservée aux avions. Et effectivement, l’auto arrive à atteindre avec une facilité déconcertante la barre des 300 km/h. Mais pour y arriver, il faut donc une ligne droite parfaitement dégagée de plus de 3 km. Les 300 km/h sont atteints au bout de 2,5 km… et il ne faut pas oublier de garder plusieurs centaines de mètres pour freiner. En clair, quasiment impossible à faire sur routes ouvertes dans les zones où la vitesse n’est pas limitée… et même sur un circuit pour tester sa voiture.

Audi RS6 Performance
Audi RS6 Performance

La vitesse de pointe sera rarement atteinte… et ce modèle n’est en aucun cas conçu pour du circuit. Il ne faut pas oublier que c’est un break familial de 4,98 mètres de longueur qui pèse deux tonnes. Les freins fatiguent vite.

Reste alors à aller s’amuser sur les petites routes de campagne. A ce niveau, oui, il est aisé d’avoir le sourire grâce aux accélérations qui vous collent au siège avec une belle bande sonore de V8 dans les oreilles.

On bondit d’un virage à un autre sans s’en rendre compte. Avec une telle surpuissance, à peine effleure t-on la pédale que l’on est à des vitesses où les points de permis peuvent s’envoler. Mais avec ses larges pneus et sa transmission intégrale, la RS6 n’est pas l’auto la plus fun du marché. Je finis donc par me demander à qui peut bien s’adresser un tel engin, d’autant qu’il est facturé la bagatelle de 133.740 €. Le conducteur qui a quelques notions de pilotage la fatiguera vite, celui qui veut s’amuser sur le réseau secondaire la trouvera trop rivée au sol tandis que celui qui souhaite faire le TGV sur les autoroutes allemandes n’aura pas besoin de rajouter 18.000 € pour avoir la finition Performance « 300 km/h » (même s’il n’est plus à ça près).

Je pourrai presque la ranger dans la catégorie de ces autos qui à force de vouloir tout faire, ne savent rien faire parfaitement. Mais je n’irai pas jusque là car la RS6 Avant Performance sait tout de même faire à merveille trois choses : faire rêver ceux qui la croise, bien cacher son jeu sous une robe qui reste sage et prolonger une dynastie typiquement Audi. La passion n’a finalement pas besoin de raison …

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